Actualités

Brèves et informations sur l'actualité du formatage, du contrôle et de l'oppression des mineur-es, ainsi que sur les résistances et offensives pour y faire face.

le naufrage de la "base élèves"

Par Christine Tréguier 06/13/2008 - 08:38

"Le Naufrage de BE1D"... Ce pourrait être un titre de film, où Xavier Darcos jouerait le rôle du bon commandant, sauvant ce qui reste du navire BE1D (Base élèves du premier degré). Un film où le Commandant Darcos admettrait, au terme de quatre années de lutte acharnée, que les collectifs "Non à base élèves" ont eu raison de se mobiliser contre ce fichier. Où il annoncerait depuis le gaillard d'avant, qu'il fait stopper les machines et évacuer le navire avant qu'il ne sombre totalement.

Sauf que nous ne sommes pas dans un film, mais dans la réalité, saisie en direct dans un communiqué, ce jeudi 12 juin à 19H23: Darcos va "expurger" la "base élèves" de tout ce que les mutins demandaient depuis le début.

A 20h23, la FCPE [1]et la LDH de Toulon [2] commencent à faire circuler un communiqué titré "Darcos expurge à nouveau la 'base élèves' de données personnelles". Ce que les militants y lisent est tellement énorme qu'ils doutent et hésitent à crier victoire. On n'est pas le 1er avril, mais sait-on jamais. Mieux vaut vérifier. Problème, à 21 heures, le ministère est fermé, les syndicats d'enseignants et de parents d'élèves aussi. Rien de plus. Les militants s'interrogent.

Au bureau de la LDH Toulon, François, épuisé et toujours à son poste,ne sait que penser. Son téléphone sonne. C'est un ami journaliste, mis au courant une demie heure plus tôt qui le rappelle. L'info semble véridique, et le communiqué apparaît dans la base Pressed. L'agence, qui a enquêté et détaille la nouvelle ainsi:

  • "M. Darcos assure que 'la nouvelle version de cet outil ne fera plus

apparaître la profession et la catégorie sociale des parents, ni la situation familiale de l'élève, ni l'absentéïsme signalé pas plus que les données relatives aux besoins éducatifs particuliers'."

Quatre ans de bagarres

Le ministère de l'Education nationale, qui a lancé l'expérimentation de ce fichier en 2004 dans la plus grand opacité, bloque des quatre fers depuis quatre ans pour faire la lumière sur les visées réelles de ce fichier. Il se heurte depuis le début au refus des enseignants, des directeurs d'écoles, des parents et des défenseurs des libertés publiques de renseigner une telle base de données.

Pour eux, "base élèves" peut trop aisément se transformer d'outil de gestion des établissements en un mouchard au service d'autres objectifs, fixés par la loi prévention de la délinquance, ou par ceux de la loi Borloo sur l'égalité des chances. Une version soft de la précédente, estiment certains, contenant sous des vocables rassurants des mesures similaires de repérage précoce et de prévention/répression des jeunes délinquants, des élèves et, par leur truchement, des familles à problèmes.

"Base élèves" a également souffert d'une sécurisation insuffisante, révélée par les enseignants, qui ne semble que théoriquement et partiellement résolue aujourd'hui.

Depuis quatre ans, les collectifs demandent donc au ministère de l'Education nationale et à la Cnil [3]de régler ces problèmes et à défaut d'abandonner "base élèves", de supprimer les données potentiellement dangereuses -nationalité, absentéisme, besoins particuliers de suivi de santé ou de scolarité pour les élèves en difficulté. En octobre dernier, sous la pression des écoles , Darcos avait supprimé les références à "la nationalité, la date d'entrée sur le territoire, la langue parlée à la maison et la culture d'origine". Ce qui avait donné lieu en mai à une nouvelle déclaration auprès de la Cnil [4]. Malgré cela, les collectifs restaient plus mobilisés que jamais.

Darcos dit aujourd'hui "attacher une attention personnelle à la mise en place effective et rapide de ces décisions". Outre les nouvelles suppressions de données, l'arrêté en cours de rédaction aura "une valeur normative forte" et précisera "l'interdiction de collecter une quelconque donnée relative à la nationalité et l'origine raciale ou ethnique des élèves et de leurs parents ou responsables". Et il n'y aura pas non plus d'utilisation des données précédemment collectées.

Pourquoi un tel revirement?

Le plus étonnant dans ce revirement est sa motivation. Selon le communiqué, il fait suite à "un courrier de jeudi adressé à la fédération de parents d'élèves PEEP" (Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public, penchant plutôt à droite, contrairement à la FCPE) répondant à ses demandes.

Le gouvernement cèderait donc à la pression de la droite et non de la gauche dans cette affaire. Ce qui amène à deux hypothèses: soit le gouvernement navigue à vue, soit la FCPE et les collectifs avaient tellement bien vu les dangers de ce fichier, que mêmes les syndicats plus proches du pouvoir ne pouvaient que se rallier à leurs positions. Mais Darcos a pu aussi se laisser convaincre par le fait que des parents avaient annoncés leur intention de "dormir dans l'école de leurs enfants", lors de la "nuit des écoles" (nuit de vendredi à samedi).

Une chose est certaine ce jeudi soir: les collectifs peuvent se féliciter d'avoir maintenu la pression.

URL source: http://rue89.com/2008/06/13/ecole-le-naufrage-de-la-base-eleves _

Prélevements ADN pour les enfants de 5 ans

Grande-Bretagne : Fichage ADN : les enfants de 5 ans aussi ! La police britannique demande à ce que les enfants « turbulents » soient inscrits dans la banque de données ADN de Scotland Yard, afin de garder une trace de ces « criminels potentiels ».

le "social blairisme " dans toute sa haine de classe

Associations de défense des libertés, enseignants et parents d'élèves crient au scandale.

William a 6 ans. Ses parents viennent de l'inscrire dans une école primaire de la banlieue londonienne. Dès le premier jour, pour épater ses nouveaux camarades de jeu, il s'amuse à faire tourner la maîtresse en bourrique. « Encore un élément perturbateur », soupire cette dernière. Le lendemain, deux policiers viennent le chercher à la fin de la classe pour l'amener au commissariat. Un échantillon de son ADN y est prélevé. William est désormais considéré par les autorités comme un « criminel en puissance ».

Ce scénario hallucinant ne peut exister - pour l'instant - que dans les livres de science-fiction. Mais il pourrait bientôt s'appliquer à plusieurs milliers de jeunes enfants si le gouvernement britannique décide de suivre les recommandations de Scotland Yard : prélever l'ADN des écoliers de 5 ans et plus, jugés turbulents, afin de lutter « en amont » contre la criminalité.

"Si nous avions les moyens de repérer les gens avant qu'ils ne commettent un crime, alors, sur le long terme, cibler la très jeune population serait extrêmement bénéfique", affirme Gary Pugh, directeur de la police scientifique à Scotland Yard, dans une interview accordée dimanche dernier au journal britannique The Observer. "Plus ils sont jeunes, mieux c'est. Les criminologues disent que certains se détourneront du crime, d'autres non. Nous devons savoir lesquels seront peut-être une menace pour la société".

Pour appuyer ses propos, Gary Pugh met en avant plusieurs études de criminologie, réalisées par Scotland Yard, selon lesquelles il est désormais possible de détecter certains futurs « traits de caractère » de criminels - comportement agressif, tendances à insulter, etc. - chez de jeunes enfants dès l'âge de 5 ans. « Ces techniques de détection sont fiables. Notre société a maintenant besoin d'avoir un débat ouvert et mature sur la meilleure façon d'éradiquer les crimes avant même qu'ils ne soient commis », a indiqué M. Pugh.

Mais de nombreuses questions se posent.

  • Quid du consentement parental ? Comment seront utilisées ces données ? Les enseignants seront-ils obligés de

dénoncer leurs élèves « agités » ?

  • Pourquoi les stigmatiser ?

Shami Chakrabarti, directeur du groupe Liberty (défense des libertés civiles), dénonce fermement cette proposition : « La population britannique est très respectueuse des forces de l'ordre, elle est ouverte aux débats les plus excentriques. Mais là, on joue avec l'émotionnel, pour faire de la politique sur le dos de nos enfants innocents. Ca va beaucoup trop loin ».

Même son de cloche chez les enseignants. Chris Davis, représentant du syndicat des écoles primaires, accuse la police de vouloir « mettre une étiquette » sur certains écoliers. « La plupart des enseignants et parents d'élèves estiment que ce projet est dangereux. Cela revient à les condamner à un très jeune âge pour quelque chose qu'ils n'ont pas encore fait ! ».

Au pays de Big Brother, l'échantillonnage génétique est pourtant déjà une réalité. Depuis 2004, la police britannique a le droit de prélever l'ADN de n'importe quelle personne âgée de 10 ans et plus en cas d'interpellation.

Même si l'innocence de l'individu est reconnue plus tard. Les chiffres sont édifiants : plus d'1,5 million de jeunes âgés entre 10 et 18 ans sont actuellement inscrits dans la banque de données ADN du pays (sur un total de 4,5 millions d'échantillons, record en Europe).

  • A quand le fichage généralisé et systématique de la population ?

La réponse de Scotland Yard fait froid dans le dos. « Seuls le coût et des problèmes logistiques nous empêchent d'y parvenir ». Pour l'instant...

Les couacs de Big Brother

Les Britanniques se souviennent encore avec colère de la disparition des données personnelles de 25 millions d'individus, le 20 novembre dernier. Contenues sur deux disques échangés par courrier interne entre le fisc et les allocations familiales, ces informations révélaient les noms, adresses, dates de naissances et coordonnées bancaires de la moitié de la population ! Cette affaire survenait un mois seulement après que l'administration fiscale « égare » un autre disque contenant les dossiers de retraite de 15 000 personnes...

Au Royaume-Uni, contrairement à la plupart des autres pays occidentaux, les procédures de contrôle des données (collectées par les administrations) sont quasi-inexistantes. L'Information Commissionner's Office (l'équivalent de la Cnil) doit être « habilité » pour chacune de ses visites. Et, si par le plus grand des hasards, il met à jour certains dysfonctionnements, cela n'a guère d'importance.

Légalement, le gouvernement britannique ne peut être tenu pour responsable en cas de perte ou de vol des données personnelles que ses services accumulent quotidiennement

source: indymedia paris

http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=97416

Les élèves trop dissipés privés de cantine

Amélie GAUTIER - L.C.I - le 04/09/2007 - 18h35

Une école du Rhône a mis en place un permis à points qui sanctionne les enfants jugés turbulents. Son crédit épuisé, l'élève est privé de cantine. La mesure disciplinaire n'est pas nouvelle mais suscite à chaque fois de nombreuses réactions.

Saint-Cyr-au-Mont-d'Or est une jolie bourgade huppée située au nord-ouest de Lyon. A 15 kilomètres précisément. Elle compte quelques 5.500 habitants, deux écoles et offre, paraît-il un beau cadre de vie. Le 27 août, c'était jour de rentrée pour les primaires scolarisés à Champlong, l'un des deux établissements. Et comme après chaque rentrée des classes dans les écoles de France et de Navarre, les parents se sont vu remettre toute une série de documents à remplir pour le lendemain : la sacro-sainte liste de fournitures, les fiches d'urgences, les allergies à signaler... Et un tout nouveau document : le permis à point cantine appelé "Règles de discipline". Ou comment une feuille A4 créé une mini zizanie dans un quartier chic.

Son principe : chaque enfant totalise six points qu'il risque de perdre pour X raisons, 15 motifs détaillés dans le document. Par exemple, "ne pas marcher en rang" coûte à l'élève rebelle un points en moins ; il en perd trois s'il "jette de la nourriture à la cantine", etc. Son capital épuisé après tant de méfaits, il est exclu quelques jours voire une semaine de la cantine.

"Un passage en force"

Quand Bruno Remont, le maire UMP de la petite commune justifie l'instauration de ce permis à point spécial cantine, il évoque des "débordements l'an dernier avec des enfants qui ont jeté de la nourriture à la cantine". Là où certains évoquent simplement quatre "dames cantines" débordées par une cohorte de "gamins se comportant comme des gamins".

"Le réfectoire est un petit bâtiment mal insonorisé situé en face de l'école. A chaque service, quatre surveillantes doivent s'occuper de 80 enfants", explique Irène Biseau, présidente de la PEEP locale (Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public).

"Ils ne sont pas plus turbulents qu'ailleurs, précise-t-elle mi-figue, mi-raisin. Et personne ne peut être contre des sanctions à l'égard d'élèves parfois dissipés. Mais de là à instaurer un permis à points, il ne faut pas exagérer ! Ou alors, on a vraiment de l'énergie à dépenser pour pas grand chose !" "C'est dommage d'en arriver là mais s'il faut sanctionner l'élève pour qu'il apprenne le respect, je suis pour", tempère Sophie, maman d'une élève de CM1.

Au-delà des moyens répressifs qu'elle juge disproportionnés, la PEEP locale dénonce le passage en force opéré, selon elle, par le maire. "Ces problèmes à la cantine ont été évoqués en mars 2007 lors du conseil d'école, raconte ainsi Irène Biseau. Le maire a pris note. Les parents lui ont fait des propositions pour améliorer la situation : ainsi renforcer l'insonorisation des lieux, renforcer les équipes de dames cantines... Et après plus rien et ce document fourni à la rentrée, sans aucune concertation".

"Ces permis à points cantine ne sont pas légaux"

Un "passage en force", c'est peut être là que le bât risque de blesser. Saint-Cyr-au-Mont-d'Or n'est pas la première commune à avoir instauré un tel permis. Dans le Finistère, par exemple, trois écoles de trois villes différentes l'avaient mis en place avant devoir faire marche arrière après des recours déposés par la FCPE, la fédération des conseils des parents d'élèves des écoles laïques.

"Le seul permis à point autorisé en France, c'est celui concernant la conduite, réservée à des adultes qui ont achevé une formation", explique ainsi Thierry Chancerelle, administrateur national de l'organisme, qui a déjà fait sauter les trois documents similaires des écoles bretonnes. Ces permis à points cantine ne sont pas légaux car ils ne respectent pas trois principes fondamentaux du droit français : celui qui stipule qu'une sanction ne peut pas être systématique ; un autre qui veut que la sanction soit individuelle. Et enfin, l'autre qui précise qu'il faut avoir la possibilité de contester les faits", énumère Thierry Chancerelle. Surtout, dans le cas de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, le texte n'est pas passé en conseil municipal et aucun extrait de délibération n'a été envoyé au préfet pour qu'il puisse exercer son contrôle de légalité." Pour lui, un tel permis est avant tout un aveu d'échec pédagogique.

Source: http://tf1.lci.fr/infos/france/societe/0,,3536749,00-eleves-trop-dissipes-prives-cantine-.html

Santé mentale : prédictions à risques

par Catherine Vincent LE MONDE | 06.06.07 |

En diffusant par le biais des écoles parisiennes un questionnaire destiné aux parents d'enfants âgés de 5 ans, visant à "mieux cerner les facteurs d'amélioration et de détérioration de leur santé physique et mentale", la fondation MGEN a remis en lumière une tendance forte de la recherche psychosociale actuelle : la tentative de prédire, sur la base des données recueillies dans leur petite enfance, le comportement futur des individus. En refusant que cette enquête soit poursuivie (Le Monde du 23 mai), la Ville de Paris et la FCPE, principale fédération de parents d'élèves, en ont éclairé une autre : la vigilance extrême que manifestent désormais nombre de citoyens vis-à-vis de ces études, soupçonnées au mieux de porter atteinte à la vie privée, au pire de stigmatiser les familles "à risque".

Sur l'utilité de cette étude, il n'y avait pourtant pas grand-chose à redire. Rappelant que ses recherches pour la santé publique s'effectuent sous autorité scientifique et médicale, "dans le cadre de conventions publiques avec les autorités sanitaires et de l'éducation nationale lorsqu'elles concernent des établissements scolaires", la MGEN précise que cette enquête faisait appel "au libre volontariat pour la réponse des parents". Une étude à peu près similaire avait d'ailleurs été menée par la même équipe en 2004-2005, dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, sans que les parents s'offusquent de se voir poser des questions sur leur parcours familial (décès, divorces, déménagements), leur état émotionnel ou leur attitude vis-à-vis des enfants. Mais, depuis lors, un vent de défiance s'est mis à souffler sur ce type de recherches, tant sur leur bien-fondé que sur la récupération politique qui pourrait en être faite. Un vent qui a soudain forci avec la publication, en septembre 2005, d'une expertise collective de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur le "trouble des conduites chez l'enfant et l'adolescent".

En conclusion de cette approche très biologique de la psychiatrie, basée sur un postulat privilégiant l'inné aux dépens de l'acquis, l'Inserm préconisait "le repérage des perturbations du comportement dès la crèche et l'école maternelle" pour éviter la survenue de conduites délinquantes à l'adolescence. Cette suggestion, reprise par le ministre de l'intérieur, qui était alors Nicolas Sarkozy, dans son avant-projet de loi sur la prévention de la délinquance, déclencha un tollé de protestations chez les spécialistes de la petite enfance. En quelques mois, la pétition "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans", lancée sur Internet par une poignée d'entre eux, recueillit près de 200 000 signatures. Tandis qu'une quinzaine de sociétés savantes et de syndicats dénonçaient "l'approche réductionniste, déterministe et scientiste de l'expertise Inserm".

Aucun pédopsychiatre, bien sûr, ne nie la nécessité de prêter attention à la santé psychique d'un enfant. "Mais on ne doit jamais oublier que le regard qu'on porte sur lui modifie sa trajectoire, et cela d'autant plus qu'il est jeune", rappelle Bernard Golse, chef de service de pédopsychiatrie à l'hôpital Necker. Insistant sur la distinction entre médecine préventive et médecine prédictive, il rappelle que la première se doit de prendre en charge, de façon précoce et adaptée, les enfants manifestant une souffrance psychique. Quand la seconde, paradoxalement, "risque d'enfermer les enfants dans le destin qu'on cherche à leur éviter". Le Comité consultatif national d'éthique ne disait pas autre chose dans son avis, rendu public en février, sur les "démarches de prédiction fondées sur la détection de troubles précoces du comportement". "Un regard négatif porté sur un enfant peut avoir des conséquences importantes sur la manière dont il va se développer", précisait le rapporteur de l'avis, Jean-Claude Ameisen, président du comité d'éthique de l'Inserm, en évoquant "un risque de prophétie autoréalisatrice".

RISQUES DE STIGMATISATION

En France, pays de forte tradition psychanalytique, la communauté "psy" reste donc très vigilante sur la validité de ces travaux, ainsi que sur les risques de stigmatisation inhérents à toute politique de repérage précoce. Il n'en va pas de même aux Etats-Unis, où plusieurs tests de dépistage des maladies mentales ont été mis en place pour les enfants et les adolescents. Ni en Grande-Bretagne, où Tony Blair a annoncé, mi-mai, le lancement d'un programme visant à identifier les bébés le plus à risque en termes d'exclusion sociale... avant même leur naissance.

Objectif de ce dépistage in utero : "Redonner le contrôle aux parents" en leur offrant un soutien hebdomadaire intensif jusqu'au deuxième anniversaire de leur premier enfant, améliorer les conditions de vie de celui-ci et réduire ainsi les risques qu'il devienne délinquant. Le programme, louable dans ses intentions, est prévu pour être mené uniquement sur la base du volontariat. Il n'en illustre pas moins la tendance qui domine aujourd'hui en matière de santé mentale, que Sylviane Giampino, psychanalyste et psychologue de la petite enfance, décrit comme "un mariage entre la psychologie du comportement, l'épidémiologie et les outils statistiques". Un mariage "pas très heureux, qui prétend prendre une "photographie", ici et maintenant, de l'état de l'enfant et de son environnement relationnel, pour en tirer des données prédictives qu'aucun savoir scientifique ne vient sérieusement conforter".

A naviguer sans grande prudence dans ce courant de recherche, ne risque-t-on pas d'accroître le sentiment d'incompétence d'adultes déjà prompts à douter de leurs capacités ? Et lorsque des parents, sollicités pour répondre à une enquête psychosociale, se sentent - à tort ou à raison - mis en cause dans leurs principes d'éducation et dans leur mode de vie, faut-il s'étonner qu'ils s'en défendent ? Dans l'enquête de la MGEN, les questions auxquelles les parents ont réagi le plus vivement concernaient leur consommation d'alcool et leurs attitudes vis-à-vis de leurs enfants. Autrement dit, ce qui les mettait personnellement en cause.

Une émotion qui semble tout à fait "compréhensible" à François Bourdillon, président de la Société française de santé publique. Rappelant que l'Inserm, suite à la polémique déclenchée en 2005, "s'est engagé à faire passer ses expertises devant un conseil scientifique et son comité d'éthique", il estime qu'"il devrait en être de même pour l'ensemble des recherches dans le champ de santé mentale". Une suggestion à prendre d'autant plus en considération que les données concernant la santé mentale des enfants manquent cruellement. Particulièrement en France.

Catherine Vincent

source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-919536,0.html

New York veut payer les pauvres qui se tiennent bien

New York veut payer les pauvres qui se tiennent bien Par Guillemette Faure (journaliste) 17H39 16/05/2007

(De New York)

Un enfant en primaire qui n'a jamais séché les cours? Vingt-cinq dollars. Et au lycée? Cinquante dollars. Il décroche son diplôme? Trois cents dollars. Ce sont quelques uns des tarifs du programme pilote qui sera testé à New York à partir de septembre. L’idée: récompenser financièrement les bons comportements. Parmi les autres bonnes conduites rémunérées: assister aux réunions de parents d’élèves, aller à une visite médicale et, tout simplement, travailler. Les bons points seront versés tous les deux mois. A la fin de l’année, une famille pourra gagner jusqu’à 5 000 dollars.

Pilier du programme, le maire Michael Bloomberg, qui a fait de la lutte contre la pauvreté une des priorités de son second mandat. "Dans le secteur privé, des récompenses financières encouragent les comportements qui profitent à l’entreprise: travailler dur, atteindre des objectifs de vente, trouver plus de clients", a expliqué Bloomberg, ancien patron de l’entreprise qui porte son nom. "Nous croyons que, dans le public, des primes financières pourront encourager des actions qui bénéficient à la ville et aux familles: meilleure assiduité dans les écoles, plus grande implication des parents dans l’éducation, meilleures qualifications professionnelles." Autrement dit: on va payer les familles pour prendre les bonnes décisions qui, à long terme, les aideront à casser les cercles vicieux de la pauvreté qui coûtent cher à la ville.

En juillet, 5 000 familles avec enfant(s) seront recrutées dans les quartiers les plus pauvres de New York pour participer à l’expérience. La moitié d’entre elles recevront les primes de bonne conduite, l’autre moitié servira de groupe témoin.

Est-ce bien, comme le décrit Bloomberg, une application au public de méthodes privées? Larry Aber s’en défend. Chercheur à la New York University planchant depuis des années sur les cercles vicieux de la pauvreté, c’est lui qui a attiré l’attention du maire sur cette idée qu’il avait découverte en Afrique du sud. Il ne voit pas les sommes versées comme des primes mais plutôt comme des compensations pour les coûts d’investissement dans des décisions qui ne payeront qu’à long terme. "Pour nous, aller chez le pédiatre, ça prend une demi-heure. Une famille pauvre risque d’aller quelque part avec deux heures d’attente. Et la demi-heure qu’on manquera sur le travail représentera un bien plus petit pourcentage de notre salaire que les deux heures sur le leur." Selon lui, les pauvres "paient plus que nous pour faire les mêmes choses". Ce n’est pas non plus selon lui un système condescendant expliquant aux plus démunis comment se comporter. "Ce n’est pas paternaliste: tout le monde veut la même chose pour ses enfants, mais certains n’en ont pas les moyens."

A écouter Margy Waller, chercheuse à Inclusion, un think tank économique de gauche, l’impact de l’expérience sera forcément limité, "sans même aller jusqu’à se demander si cela peut marcher ou non, et si c’est le meilleur investissement qu’on puisse faire de cette somme", car cela n’empêchera pas les bénéficiaires du programme "de rester coincés dans des boulots mal payés". Une étude que vient de publier le Center for American Progress indique qu’un quart des emplois américains ne permettent pas de faire vivre une famille au dessus du seuil de pauvreté.

L’annonce du lancement du programme n’a pas fait beaucoup de vagues à New York. Entre autres parce que Bloomberg a fait appel à des fonds privés. L’expérience, dont le coût est estimé à cinquante millions de dollars, sera financée par des organisations privées comme les fondations Rockefeller et Star (qui donnent dix millions de dollars chacune) et l’Open Society Institute de George Soros (cinq millions). Si les résultats sont concluants, le programme pourrait ensuite être soutenu par des fonds publics. Détail amusant: un système similaire fonctionne déjà au Mexique à grande échelle. Ce qui, lorsque Bloomberg est allé voir la semaine dernière ce qu’il donnait, a provoqué quelques articles du type "New York cherche au Mexique des tuyaux pour lutter contre la pauvreté".

source: http://rue89.com/2007/05/01/new_york_veut_payer_les_pauvres_qui_se_tiennent_bien


Prelevements d'ADN et tests suspects de l'I.N.S.E.R.M

ET SI L'INSERM ETAIT EN TRAIN DE FAIRE UNE SARKONERIE DE PLUS ?

Il semble que dans « la France d'après » certains fassent déjà du zèle, à moins qu'ils soient assez naïfs pour ne pas mesurer la gravité de leur entreprise et l'exploitation possible de leurs données, comme ce fut le cas après un rapport publié en 2005 qui devait servir de caution scientifique aux nouvelles lois de prévention de la délinquance…Avec un président « déterministe » avoué qui croit que les comportements sont « génétiques », trouver des chercheurs et des enseignants complices d'une telle entreprise peut nous faire frémir. Informer ! Ne pas laisser faire ! Demander des comptes à ceux qui ont « piégé » des élèves, me semble urgent. L'info nous provient du site : http://journal-lechatnoir.site.voila.fr/

POURQUOI LINSERM A-t-il BESOIN D'ETUDIANTS COBAYES ?

L'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) vient de mener une enquête auprès des les jeunes majeurs scolarisés dans l'enseignement supérieur (au moins dans les lycées et les IUT) en Champagne-Ardenne. On parle d'un échantillon de 4000 jeunes majeurs. Cette enquête, confiée à l'Organisme Régional de la Santé (ORS), s'appelle « SAGE » et a reçu bien évidemment l'accord du Recteur de l'Académie !

De quoi s'agissait-il ? Il s'agissait, pour ces étudiants majeurs de remplir un « auto-questionnaire » portant sur leur situation sociale, familiale et scolaire, l'existence éventuelle d'une dépendance par rapport à une quelconque drogue, leurs habitudes de consommations, leurs antécédents familiaux, leur niveau habituel d'impulsivité, leur éventuel état dépressif, leur éventuelle déviance sexuelle, ? Sans oublier l'éventualité de violences sexuelles subies dans leur enfance. Ce long questionnaire (quarante cinq minutes prévues pour y répondre) est accompagné ? d'un prélèvement de leur ADN ! ! !

Pour l'INSERM, le but de cette enquête est d'étudier « l'interaction entre facteurs environnementaux et facteurs génétiques » (extrait de leur propagande distribuée aux élèves juste avant de passer aux choses sérieuses ?) Mais, ne vous inquiétez pas : tout ceci est anonyme ? et l'INSERM, pour rassurer ce public, définit l'anonymat en ces termes : « Les personnes de votre entourage n'auront donc jamais connaissance de vos réponses » ? comme si l'anonymat ne concernait que l'entourage ! En fait, ces étudiants étaient invités à donner, dans une enveloppe cachetée, leur nom, leur adresse et leur numéro de sécurité sociale s'ils acceptaient une réévaluation dans 3 ans. En effet, l'INSERM affirme que cette enveloppe ne sera décachetée que dans 3 ans.

Avec quelles garanties et quels contrôles ? ? Cette enquête a été déclarée à la CNIL ce qui a fait croire à certaines administrations de lycées que la CNIL aurait donné son autorisation alors que celle-ci, depuis 2004, n'est plus qu'une chambre d`enregistrement en ce qui concerne tous les projets de l'Etat et de ses administrations. Les jeunes pouvaient refuser ? encore faut-il avoir été au préalable bien informé, avec contre-informations et débats. En fait, personne (étudiants, profs ) n'a été préalablement mis au courant du contenu de cette enquête. Tout s'est fait en catimini :

  • Les profs, concernés par leur heure de cours supprimée, ont été prévenus la veille avec pour simple information qu'il sagissait d'une enquête de lINSERM faite en accord avec le Rectorat. Les élèves n'ont découvert l'existence de cette enquête qu'au moment de s'asseoir en cours. C`est ainsi que la majorité des élèves visés se sont fait piéger.

Deux exceptions tout de même. Dans un lycée rémois le proviseur a voulu imposer la présence obligatoire des étudiants. Dans un autre, l'information est passée un peu avant. C'est dans ces 2 lycées où les étudiants ont pu en discuter auparavant, que beaucoup d'entre eux ont refusé cette enquête. D'ailleurs, devant le remue-ménage que cela commençait à provoquer, l'ORS s'est décommandé au dernier moment dans l'un de ces deux lycées. On peut même raisonnablement soupçonner cet organisme exécutant (l'ORS) d'avoir commandé à France 3 Champagne-Ardenne un reportage/propagande juste avant que cette enquête se termine.

Des interrogations et des certitudes. Cette enquête n'est pas répertoriée comme « enquête en cours » sur le site Internet de l'INSERM. De plus, la discrétion entourant le lancement de cette enquête, voulue par les administrations des établissements scolaires, ne peut que nous interroger. Dans un conseil d'administration d'un lycée, il fut dit et écrit dans le compte-rendu qu'il s'agissait d'étudier « l'effet de l'absorption de substances psycho-actives sur l'ADN » et non pas de déterminer par l'ADN telle ou telle déviance. Bizarre, non ? ! Je n'y connais rien en génétique mais je pensais que notre ADN ne se modifiait pas le temps de notre vie et que c'était un moyen de nous identifier (au même titre que notre empreinte digitale). Je dois me tromper car l'affirmation reproduite ci-dessus émane d`un Conseil d'administration d'un lycée technologique où on enseigne la biologie... En fait l'INSERM s'est officiellement caché derrière une soi-disant étude de l'interaction entre « facteurs environnementaux et facteurs génétiques ». Il est fort probable que ces chercheurs vont finalement essayer de mettre en évidence une quelconque déformation de gênes pouvant expliquer tel ou tel comportement, telle ou telle consommation hors normes ?

Cette enquête rentre très certainement dans le délire actuel du déterminisme génétique, repris récemment pas Sarkozy à propos des pédophiles et des jeunes suicidaires. L'INSERM semble vouloir reprendre des théories sur le déterminisme génétique développées notamment aux Etats Unis et en Angleterre où toute une école de chercheurs essaye de prouver « scientifiquement », depuis déjà des décennies, que les gènes président à la plupart des comportements humains ; l'environnement familial, social, culturel, n'influant qu'à la marge. L'INSERM n'en est pas à son premier essai puisqu'il préconisait dans un rapport publié en 2005 de rechercher chez l'enfant, dès l'âge de trois ou quatre ans, les signes « prédictifs » d'une délinquance future. Ce rapport a d'ailleurs été repris par Sarkozy dans son projet de loi sur la prévention de la délinquance puis il a dû le supprimer devant la mobilisation du collectif « Pas de zéro de conduite ».

Dans le cadre de cette enquête « Sage », nous pouvons nous interroger sur le devenir de ces prélèvements ADN. Les jeunes n'ont aucune garantie qu'ils ne finissent pas dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) d'autant plus que l'objectif du pouvoir est, à termes, de ficher toute la population. Les jeunes qui estiment s'être fait piéger par cette enquête peuvent (paraît-il ) écrire à tout moment à l'investigateur principal de cette enquête (Pr. Philip Gorwood) et exiger que leur empreinte génétique soit détruite ainsi que l'enveloppe cachetée qu'ils ont rempli. Nous ne pouvons que les encourager à le faire. Mais avec quelle certitude ? Quel contrôle ?

Source: http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=81535


Un programme britannique veut éviter aux bébés de devenir délinquant

LEMONDE.FR | 16.05.07 | 15h52 • Mis à jour le 17.05.07 | 08h55

L'information fait la "une" du Guardian : Tony Blair va annoncer, ce mercredi, le lancement d'un programme visant à identifier, seize semaines après leur conception, les bébés les plus à risque en termes d'exclusion sociale et de potentiel criminel. L'objectif de cette "stratégie gouvernementale de parentalité" est de "redonner le contrôle aux parents", d'améliorer les conditions de vie de leurs enfants, et d'essayer de leur éviter de finir délinquants.

Le programme ne concernera que les mères en difficulté financière dont c'est le premier enfant, et se fera sur la base du volontariat. Elles feront l'objet de visites hebdomadaires pendant toutes leurs grossesses, puis tous les quinze jours jusqu'à ce que leurs enfants atteignent l'âge de 2 ans.

Leurs interlocuteurs, des sage-femmes et visiteurs médicaux, les aideront aussi à trouver du travail, à arrêter de fumer ou de se droguer, à renforcer les liens affectifs avec leurs bébés et à devenir de "bons parents". Les autorités britanniques, qui prévoient d'investir 7,5 millions de livres (près de 11 millions d'euros) dans le projet, ont d'ores et déjà commencé à recruter les 1 000 premières familles dans dix régions pilotes.

CONTRIBUER AU DÉVELOPPEMENT AFFECTIF, NEUROLOGIQUE ET SOCIAL DES BÉBÉS

Lors d'une conférence tenue en mars dernier, Kate Billingham, responsable du programme au ministère de la santé britannique, a évoqué, radiographies de cerveaux d'enfants à l'appui, les différences neurologiques existant entre enfants bénéficiant de toute l'attention de leurs parents, et ceux qui étaient négligés. Interrogée par le Guardian, Kate Billingham estime que les risques de voir ces nouveaux-nés stigmatisés en tant que futurs délinquants ou exclus sociaux sont largement compensés par l'aide qui sera apportée aux familles pauvres et à leurs enfants.

Trois expériences pilotes, menées aux Etats-Unis, auraient démontré que les enfants suivis avaient un QI plus élevé, un langage plus élaboré et de meilleurs résultats à l'école, qu'ils faisaient moins l'objet d'abus et négligences (- 48 %), d'arrestations (- 59 %) et de placements sous surveillance (- 90 %), que leurs pères étaient plus impliqués et leurs mères moins sujettes aux grossesses répétées. De plus, il s'agirait d'un "investissement" à long terme car un tel programme permettrait d'économiser 12 500 £ (18 000 €) d'argent public par enfant ayant atteint l'âge de 30 ans.

En France, la proposition de dépistage précoce des "troubles du comportement" chez les jeunes enfants, faite l'an passé par Nicolas Sarkozy, avait soulevé une vaste polémique. La pétition "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans" avait recueilli près de 200 000 signatures. Dans son projet pour les législatives 2007, l'UMP propose d'"aider et responsabiliser les familles qui rencontrent des difficultés à exercer leur mission d'autorité parentale" en se rapprochant de celles dont les enfants posent des problèmes à l'école, et de suspendre ou mettre sous tutelle les allocations familiales de celles qui, "malgré cette aide, ne remplissent pas leurs devoirs éducatifs".

Jean Marc Manach

source:http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-910670,0.html?xtor=RSS-3244


Bébés sous haute surveillance

(Marie Maurisse - L'Express 11 avril 2007)

A l'hôpital de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), les nouveau-nés portent un bracelet électronique. Objectif: lutter contre les enlèvements. Une première en France

Noé dort dans les bras de sa maman. Ce bébé aux cheveux bruns est né le 31 mars à la maternité de l'hôpital de Montfermeil, en banlieue parisienne. Comme tous les autres nourrissons, il porte un lien avec son nom à la cheville droite. Mais à la gauche est attaché un autre bracelet, électronique celui-ci. Il s'agit d'un nouveau système de sécurité: un boîtier de 13 grammes contenant un numéro unique. Si quelqu'un le coupe, le retire ou sort le bébé de l'établissement, une alarme se déclenche.

Déjà en Allemagne et Grande-Bretagne C'est la première fois en France qu'une telle installation est mise en place. "Cela existe déjà en Allemagne et en Grande-Bretagne, souligne Gaëlle Le Disquay, porte-parole du centre hospitalier. Ce système fonctionne avec une fréquence radio tout à fait normale, il n'y a aucun risque pour les petits."

Dès le début des phases de test, fin mars, les médias se sont succédé au sein du service. Il faut dire que la sécurité des bébés est un sujet sensible. Surtout à Montfermeil: depuis 2002, l'hôpital a connu deux enlèvements qui ont marqué les mémoires des habitants du quartier. Un troisième a eu lieu au début de cette année. De quoi ternir la réputation de l'établissement.

Pour Céline, la mère de Noé, il n'y a "aucune raison" d'être contre le port du bracelet électronique. En théorie, si les parents s'y opposent, ils doivent signer une "décharge", selon le terme utilisé par l'administration. Mais l'hôpital n'envisage même pas la situation. "Refuser un élément de sécurité de plus, c'est dommage, insiste Gaëlle Le Disquay. Cela dit, on ne forcera personne."

Un bracelet coûte entre 5 et 7 euros. Chambre 315, un autre bébé se repose. Luca est né le même jour que Noé. Mais lui n'a pas pu profiter du bracelet électronique, qui était encore en phase de test. Sa maman, Sandrine, le regrette. "Je n'ai jamais laissé Luca sans surveillance, même pour prendre une douche." Et si son fils avait eu un bracelet électronique au pied? "Je l'aurais fait sans appréhension", répond-elle. Pour autant, cela n'enlève rien à la responsabilité des parents. "Ce n'est qu'une solution technique, qui ne remplace pas la vigilance de la maman", poursuit Gaëlle Le Disquay.

Une "solution technique" qui coûte cher. L'hôpital a acheté 40 bracelets pour 24 lits. Mais il a fallu aussi s'équiper d'un ordinateur central et former le personnel. "Cela nous revient entre 5 et 7 euros par naissance", affirme la porte-parole de l'établissement. Avec plus de 2 100 accouchements par an, la facture est lourde à payer. Une "débauche d'argent, et d'énergie", s'insurge François Goffinet, gynécologue à la maternité de Port-Royal (hôpital Cochin), à Paris, qui doute de l'efficacité de ce système. "Que va-t-il se passer si une maman veut promener son bébé? Et puis les enlèvements sont quand même rares." Il n'empêche, des hôpitaux de Strasbourg et du Havre adopteront bientôt le même dispositif.

Prudence au ministère. La mise en place des bracelets électroniques relève de la seule initiative des établissements de santé." A la Direction de l'hospitalisation et de l'organisation des soins (Dhos), on se garde bien de se prononcer sur le dispositif mis en place à Montfermeil. "Cela n'a fait l'objet d'aucune instruction de la part du ministère de la Santé, affirme Stéphane Grossier, porte-parole de la Dhos. Ce système n'exonère ni les parents ni les hôpitaux de leur obligation de surveillance."

Marie Maurisse

source: http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=10563


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